Association des enfants de l'Abbé Garin

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Archives de l’année 2026

Témoignage de: Témoignage de Jean-Luc Symons
Posté le : 26/02/2026


Témoignage Jean-Luc Symons né en 1952, présent au Centre de la Belle Etoile de 1961 à 1966, venant de la Meuse et déposé par l'assistance publique.

Ma mère est décédée à 34 ans et j'avais 6 ans. nous avions de gros problèmes familiaux, mon père était très violent, alcoolique avec des crises de delirium tremens, j'avais une vie très difficile. il défonçait la porte de ma chambre et nous jetait pieds nus dehors dans la neige.Ce qui m'a valu des bronchites chroniques et ce qui explique mon arrivée en Savoie. Heureusement l'air de la montagne m'a complètement guéri
J'ai fait les 3 centres de la Belle Etoile
L'Etanche : pour les petits, les dames étaient très gentilles, je retrouvais un peu un équilibre familial
Mercury : 1963 pour continuer ma scolarité, j'étais un bon élève grâce à Renée et Colette Chastel qui m'ont fait aimer l'école.
Tamié : pour les grands là c'était différent car il y avait des têtes brûlées, mais j'ai trouvé ma place rapidement, j'étais bien. Les promenades, les excursions en car (Roseland, La Bastille à Grenoble) et bien d'autres, le Fort de Tamié notre terrain de jeu que l'Abbé Garin avait loué uniquement pour nous...j'adorais aussi ramasser les châtaignes et les champignons. J'ai de très bons souvenirs de cette époque.
Nous avions la chance d'avoir la télévision pour cette époque (Zorro, Thierry la Fronde...) et le cinéma au centre de la Belle Etoile de Mercury dont les habitants de Mercury venaient à une séance.Nous avions aussi le théâtre dont j'ai été acteur.
L'Abbé Garin m'a déposé à l'hôpital d'Albertville pour un problème de santé, j'y suis resté plus d'un mois, Colette Chastel est venue prendre des nouvelles de ma santé et m'a offert des bonbons et des livres.
Pour mes problèmes dentaires, j'ai été soigné par le Dr Chazelas (dentiste à Albertville) qui est venu au cabinet dentaire du centre Belle Etoile de Mercury en 1964.
L'Abbé Garin qui passait dans la cour a constaté, effrayé, l'état de mes chaussures, il m'a envoyé les changer immédiatement. J'en suis encore ému en y repensant aujourd'hui.
Les repas étaient très bons, les produits venaient essentiellement des fermes de l'Abbé Garin, poulets, oeufs, légumes et le lait de ses vaches pour le petit déjeuner du matin.
J'avais un copain Guibourt, (un des plaignants "les oubliés de la Belle Etoile") avec qui je suis en photo à Tamié (sur le site "les Enfants de l'Abbé Garin") nous avons passé le CEP ensemble, et je ne l'ai jamais entendu se plaindre hormis 60 ans plus tard dans leur documentaire. Je ne me reconnais absolument pas ce documentaire, je suis stupéfait et écoeuré.

L'Abbé Garin a donné son temps, son patrimoine et sa vie pour nous, tous ses enfants

Témoignage de: Clémençon
Posté le : 15/02/2026


Renee Clemençon
73250 Fréterive


De septembre 1959 à juillet 1970 j’ai été institutrice dans l’association Belle Etoile , dirigée par l’abbé Albert Garin à Mercury .
J’ai continué à exercer mon métier jusqu’en 1998 dans la même association avec une nouvelle direction et de nouveaux moyens financiers .

Ces dernières années j’ai entendu parler de blogs sur internet , je ne les ai pas lus.
J’ai su qu’un film avait été tourné avec des « témoignages » qui ne correspondent pas à mon vécu .Je n’ai pas vu le film .
J’ai lu des articles dans le journal avec des affirmations grotesques :
« Les pisseux dormaient à la cave » - il n’y avait ps de cave ni à Mercury , ni à Tamié .Les énurétiques allaient rincer leur drap dans la buanderie et l’accrocher dans un séchoir électrique .
« Je mangeai la nuit dans la gamelle du chien » - Les chiens n’avaient pas de gamelle , ils étaient nourris par la cuisinière avec des restes . La cuisine était fermée la nuit .

Voilà pourquoi je veux apporter mon témoignage sur cette période vieille de 50 ans d’autant plus qu’il m’a jamais été question de l’enseignement reçu dans cette institution .

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Les enfants étaient placés par des assistantes sociales et par l’aide à l’enfance . Les plus jeunes avaient 6 ans . Ils restaient jusqu’à 14 ans , la fin de l’école obligatoire . Après l’obtention du certificat d’études la plupart retournait chez eux .Quelques uns étaient placés en apprentissage chez des artisans ou dans un centre à Voglans .
C’était un internat avec 4 classes , des dortoirs ,des réfectoires , une cuisine une lingerie , un cabinet dentaire, des douches ,une buanderie , une salle de spectacle et des chambres pour le personnel qui travaillait , mangeait et dormait sur place .
Tout le monde travaillait beaucoup , 1 jour de congé par semaine et un mois ou 3 semaines l’été . En 1966 la convention collective nationale de travail des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées est entrée en vigueur . L’équipe enseignante était stable durant ces 11 ans mais il y avait du turn over parmi les moniteurs .( on ne les appelait pas encore éducateurs )
La directrice de la DASS de Chambéry venait inspecter chaque année .


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Après le baccalauréat j’ai été embauchée comme institutrice ( c’était possible à l’époque ) par l’abbé Garin .Assez vite j’ai senti le besoin de me perfectionner. En candidate libre j’ai décroché le certificat d’aptitude pédagogique . J’avais une classe de CM1 ou CM2 , suivant les années .
Je suivais le programme de l’éducation nationale dans toutes les matières obligatoires y compris les activités artistiques . Dessin , peinture ,collage , une fois par semaine . Musique et chant avec l’aide de la radio scolaire une fois par semaine .Chaque année nous présentions au moins 2 pièces de théâtre au moment de Noël .L’une en rapport avec Noël , l’autre plus divertissante .Je me souviens encore de quelques uns :
Plouf , le petit fantôme de Maria Clara Machado
Les gaietés de l’escadron de Courteline
Le procès de Jeanne d’arc dans l’Alouette de Jean Anouilh.
Des ombres chinoises sur la 6ème de Beethoven
Pas facile à l’époque , un seul texte , pas de photocopieuse .Mais quelle ambiance dans la classe , tous participaient . Les uns jouaient , d’autres les aidaient à apprendre le texte ou faisaient les costumes et les décors .

A chaque fin de trimestre des contrôles obligatoires avec une note moyenne pour chaque élève , présentés à la direction .On faisait même des oraux dans la classe des collègues .Classement important à Noël pour les élèves car il déterminait l’accès aux cadeaux .?Le premier avait le plus gros choix .

Le travail scolaire n’était pas le seul qu’il fallait exécuter. A cause du manque de moniteurs , les enseignants participaient à d’autres tâches selon un planning établi par l’éducatrice en chef en début d’année.Nettoyage de la cour, vaisselle après le repas , surveillance du réfectoire , douches ,études pour faire les devoirs ou le courrier destiné aux parents ,promenades par tous les temps le jeudi et le dimanche et certaines années un cross d’une vingtaine de minutes avant le petit déjeuner .
Ces tâches se faisaient avec les enfants , elles nous permettaient d’avoir un contact différent et amélioraient beaucoup l’ambiance de la classe .
Monter à pied au fort de Tamié à 13h ,jouer tout l’après midi aux gendarmes et aux voleurs , redescendre à pied pour le souper .La classe le lendemain ne posait aucun problème .
On travaillait ensemble
On mangeait ensemble
On s’amusait ensemble
On logeait dans le même bâtiment ou dans une annexe
On vivait ensemble .
Certes, peu de temps libre mais je n’allais jamais en classe avec la boule au ventre.Ce qui est arrivé dans les années 90 .