Association des enfants de l'Abbé Garin

Les témoignages

Témoignage de: GARIN François
Posté le : 31/10/2025


Je viens d'achever la lecture des "Mauvaises herbes" , le livre de J.P. STUMP, où il raconte ses mémoires et ses déboires d'enfant de l'Assistance, sans famille, maltraité dans les différentes familles d'accueil auxquelles il fut confié. Sa rébellion le conduisit en maison de correction, chez l'abbé GARIN, où il séjourna à 2 reprises, entre 1955 et 1957.

Ayant moi-même été pensionnaire au Centre BE, après le décès prématuré de mon père, de 1951 à 1956, âgé de 6 à 11 ans, je tiens à témoigner de l'authenticité de son récit:
La cohabitation difficile entre les pensionnaires, âgés de 6 à 17 ans, imposant aux plus faibles d'acheter la protection d'un "balaise".
La sévérité des traitements infligés par des chefs parfois trop zélés, mais aussi le dévouement et la bienveillance de certains, comme l'institutrice Françoise, aimée de tous.
Elle s'appelait Françoise Blampay, je l'ai retrouvée plus tard, alors âgé de 18 ans, je lui rendais visite à son domicile à Annecy.
L'obsession de la nourriture jugée insuffisante: l'économe M. Souchon dit "Radin-Souche".
Les bons moments passés au camp d'été à Tamié et le terrain de jeu exceptionnel du Fort de Tamié.
Plus tard, il appréciera le soutien sans faille de l'abbé Garin, qui l'engagera comme moniteur, découvrant derrière l'homme dur, taiseux et bourru, sa fidélité et son engagement inconditionnel à l'égard de ses protégés.

Témoignage de: Clemençon Renée
Posté le : 29/10/2025


De septembre 1959 à juillet 1970 j'ai été institutrice au Centre Belle Etoile dirigé par l'abbé Albert Garin à Mercury .

Logée et nourrie au centre , je partageais au plus près la vie des enfants , en classe bien sûr mais aussi pendant les activités extra scolaires : promenades par tous les temps , jeux dans la nature , études avec aide aux devoirs, courrier aux parents , théâtre ,vaisselle après les repas, douches .
Ces tâches se faisaient avec les enfants , elles nous permettaient un contact différent et amélioraient beaucoup l'ambiance en classe .

Les enfants étaient placés jusqu'à 14 ans .En classe on suivait le programme de l'éducation nationale, le but était de les amener jusqu'au certificat d'études .Après des parcours scolaires souvent chaotiques le Centre offrait aux enfants un cadre stable , une discipline stricte pour combler leurs lacunes en classe et vivre en communauté .
Réussir le " certif " était une fierté. Beaucoup ont été fiers.

La discipline était stricte mais semblable à celle du lycée que j'avais fréquenté .Elle nous permettait de faire correctement notre travail .Au réfectoire j'ai partagé pendant 11 ans les mêmes repas . Je n'ai pas souffert de la faim .Je faisais partie d'une famille dont l'abbé Albert Garin était le père .Pas un papa poule , non , juste un père .

Mon vécu ne correspond pas du tout à ce qui est raconté sur internet , dit dans le film" les Oubliés de la BelleEtoile" , publié dans le journal .Il y a des affirmations grotesques , impossibles , proférées par une vingtaine de personnes.
Pendant mon séjour au centre j'ai eu environ 300 élèves en charge , j'en revois encore quelques uns cinquante ans plus tard .Bien sûr j'ai oublié leurs noms mais pas la vie passée ensemble . Mon témoignage est pour vous mes anciens élèves .

Témoignage de: Hacen Azizi
Posté le : 27/10/2025


Mes parents venaient d’Algérie. Mon père s’est engagé dans l’Armée Française en 1944 chez les harkis jusqu’en 1953. Puis il est venu en France avec sa femme et ils ont eu 4 enfants nés à Lyon Je suis le troisième de la famille
Malgré un bon travail, la vie familiale était difficile, nous trainions dans la rue, la famille était peu chaleureuse et désorganisée et l’instituteur a fait un signalement. Tous les enfants ont été placés par la DASS.
Mardi 4 juillet 1967, je suis arrivé au Centre Belle Etoile à Mercury avec mon père J’avais 10 ans Je me suis senti abandonné à mon sort : absence totale de la famille, pas de lettres, pas de colis, pas de visites, ça me donnait juste envie de chialer. Pour survivre, Il fallait que je me fonde dans le groupe…
Tout était minuté et obligatoire : les douches, le change des vêtements, les balades, les jeux, le sport … avec le travail de la classe bien sûr et une grosse pression pour avoir de bons résultats scolaires. Les activités m’intéressaient. Je regrette maintenant que l’Abbé Garin n’ait jamais eu l’occasion de me parler personnellement. On le voyait toujours occupé et distant.
A l’époque, c’était plus sévère que maintenant.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu faim. Nous mangions bien. Nous pouvions boire à volonté Pour le goûter, pain, chocolat ou pâte de fruit et une boisson : l’antésite. Il y avait aussi les jours de fête, les goûters à Tamié… avec le fromage ! Les balades en montagne, les jeux organisés au Fort de Tamié m’ont donné le goût du sport. J’ai bien aimé aussi faire du Théâtre avec Renée Clémençon
Je suis fier d’avoir eu mon CAP de Serrurier, fier d’avoir pu travailler pour avoir une vie normale et des amis. Mon passage à la Belle Etoile m’a permis d’avoir du caractère et de la personnalité, ce qui m’a servi toute ma vie. J’ai gardé le goût du sport et j’ai fait beaucoup de marathons et de trail.
Actuellement je suis à la retraite à Albertville. Je ne comprends pas le film « les Oubliés de la Belle Etoile » qui ne reflète en rien ce que j’ai connu, tant pour les maltraitances décrites que pour l’évocation de viols.Je pense que j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir vivre normalement. Hacen Azizi
Octobre 2025